Interview Cédric Lemire, professeur d\'éducation musicale


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Lundi 2 novembre 2009
 
 
 
1/ Bonjour Cédric, tout d’abord merci de nous accorder un peu de votre temps pour prof2zik.com ! Vous êtes professeur de musique dans un collège, pouvez-vous en quelques mots définir votre rôle ?
 
 
Tout d’abord, le titre exact de ma profession est « professeur d’éducation musicale». Ce titre définit mon rôle au sein de l’éducation nationale : L’éducation avant tout. Cette éducation passe par la musique bien évidemment. On y apprend les codes du langage musical et les repères culturels essentiels afin de développer les capacités d’écoute et d’expression de l’élève. Ainsi, il apprend à avoir un sens critique sur son environnement sonore et sur la musique en générale. La pratique vocale joue un rôle également très important. En effet, le collège correspond à l’adolescence et à toutes les difficultés associées ; notamment la maitrise de son corps et plus particulièrement de sa voix. On les aide à mieux appréhender cet instrument, difficilement maîtrisable à cet âge.
 
 
2/ Une des particularités de votre métier est de n’enseigner aucun instrument, comment peut-on intéresser des élèves à la pratique de la musique ?
 
Il est vrai que nous ne sommes pas professeur d’instrument mais les élèves apprennent à mieux percevoir et comprendre le monde musical qui les entoure (chanson, variété, musique de pubs ou de film, etc). Je pense qu’ils y sont sensibles et en ce sens ils s’intéressent. De plus, pour expliquer de façon pratique une notion musicale apprise en cours, on a recours à la voix mais aussi aux différents instruments de notre classe tels que des petites percussions, djembés, synthétiseurs… On les utilise ponctuellement mais les élèves aiment bien les manipuler. Je rappelle également que le chant (en classe ou en chorale) prend une place importante dans l’enseignement au collège. On y travaille la technique vocale et on chante tous types de répertoire ; et ça ils adorent.
 
 
3/ Est-ce l’éducation nationale qui établit un programme annuel par classe ou avez-vous carte blanche quant à la gestion de vos cours ? 
 
Les programmes s’établissent sur plusieurs années. 2009 est la grande mutation. Les élèves doivent acquérir des compétences et des connaissances qu’ils doivent atteindre à travers des objectifs généraux tels que : « l’élève apprend à se rendre disponible à la perception des sons et de la musique » ou « l’élève apprend à décrire, identifier et caractériser les éléments constitutifs du phénomène musical »… Concernant l’étude d’œuvres et la pratique vocale nous avons libre choix à partir du moment où elles permettent d’atteindre les objectifs souhaités de l’éducation nationale.
 
4/ Est-ce qu’un collège peut être en relation avec un conservatoire ou autres écoles de musique ?
 
Il est tout à fait possible de travailler en partenariat avec d’autres institutions musicales. Dans mon ancien établissement à Mantes-la-jolie, j’ai créé une classe d’harmonie, en collaboration avec le conservatoire de Mantes-la-jolie, Buffet crampon et le magasin « feeling musique ». Avec une quinzaine d’élèves qui ne connaissaient absolument pas la musique au départ, on a participé, au bout de trois ans d’apprentissage, au premier salon de la musique et du son à Paris, joué en première partie de l’orchestre d’harmonie des Yvelines et à diverses fêtes locales. Expérience incroyable aussi bien pour les élèves que pour moi.
 
5/ Animez-vous des ateliers au collège en dehors de vos cours ?
 
Oui. Il existe une chorale qui participe à un festival local dans l’Eure où plusieurs collèges se réunissent pour un spectacle unique. Cette année j’ai créé un atelier de synthétiseurs. C’est un projet qui concerne en priorité des élèves de sixième en difficultés (dans le travail, la compréhension…). Ils ne connaissent ni la musique, ni l’instrument. Ce projet se déroulera sur 4 ans. Les élèves apprennent à jouer des airs plus ou moins connus afin de faciliter le travail de l’instrument.
 
6/ Pouvez vous faire appel à des intervenants extérieurs ?
 
Au départ, ce projet devait se faire avec des instruments à vents. Il aurait donc fallut faire intervenir des professeurs extérieurs pour leur apprendre l’instrument. Puis mon choix c’est porté sur des claviers car je suis pianiste. Cela simplifie l’organisation car je dispense moi même les cours de synthétiseurs. De plus, ayant déjà créé un orchestre à vent dans un autre établissement, je souhaitai changer le type d’orchestre. Il également possible de faire venir des musiciens professionnels pour leur montrer comment se joue le jazz, par exemple, avec un concert qui conclut l’intervention.
 
7/ Est-ce que les collèges sont « égaux » au niveau des moyens ?
 
Normalement cela devrait être le cas. Dans une classe de musique on devrait avoir un piano (acoustique ou numérique), un ordinateur, une chaîne avec une amplification de qualité et de quoi diffuser des images (téléviseur ou vidéoprojecteurs). Mais on peut également acheter des instruments, des logiciels informatiques, des partitions… Tous les professeurs de musique ne sont pas dotés de la même façon. Cela dépend, entre autre, du chef d’établissement. En effet, s’il souhaite développer les actions et les activités culturelles, il va mettre les moyens en œuvre pour y parvenir (ce qui est mon cas par ailleurs). Il faut également faire ses preuves. Quand on arrive dans un établissement, votre principal ne vous connait pas et ne connait pas non plus l’investissement que vous allez mettre pour participer à la vie du collège. Au bout de quelques années la confiance (ou non) s’installe et il est plus facile de négocier les besoins financiers et matériels pour développer sa discipline.
 
8/ J’ai le souvenir que l’histoire de la musique tient une place importante, qu’en est-il maintenant ?
 
Il est vrai que les élèves doivent être en mesure de se repérer dans le temps. Ils doivent apprendre à se situer selon l’œuvre entendue. Cependant, on ne travaille pas chronologiquement mais plus par thématique. En sixième, mon premier cours était sur la découverte de l’orchestre symphonique avec l’œuvre de Benjamin Britten « The young person's guide to the orchestra » du XXème siècle ; et non un cours sur la musique du moyen-âge. Depuis cette année nous devons enseigner l’histoire des arts. Ce n’est pas une discipline mais un projet co-disciplinaire (musique, histoire, arts plastiques, langues, sciences…) où l’on doit travailler dans l’année, une ou plusieurs périodes sur une thématique commune. Par exemple, en sixième on peut travailler sur le thème d’Orphée, en troisième sur le thème de la guerre, etc.
 
9/ Est-ce que la fameuse flûte à bec fait toujours partie des cours ?
 
La flûte à bec n’est plus obligatoire. Certains professeurs continuent à la pratiquer mais elle tend à disparaître. Cet instrument a des qualités qui ont séduit l’éducation nationale à une époque car elle est peu fragile, peu coûteuse, et plus ou moins facile d’apprentissage. Simplement, elle me semble dépassée par la réalité musicale actuelle. Le son est agressif (en tout cas avec 30 collégiens qui soufflent dedans), les élèves l’oublient une fois sur deux et ne sont pas passionnés par cet instrument qu’ils ne voient et n’entendent jamais. L’outil informatique, les percussions ou les synthétiseurs me semblent plus adaptés à notre époque et les nouveaux programmes ne nous permettent plus de s’attarder sur l’apprentissage d’un instrument de musique.
 
10/Est-ce que vos élèves ont accès à l'informatique musicale ?
 
Oui. Ils peuvent et doivent travailler l’outil informatique au moins une fois dans l’année. C’est une pratique que j’essaie de développer car elle ouvre tellement de possibilité tant sur le plan de l’analyse que sur le plan de la pratique. Les élèves sont assez demandeurs.
 
11/ Le solfège de manière général, est-il abordé ? si oui, sous quelle(s) forme(s) ?
 
Le solfège ; non. La formation musicale ; davantage. On n’apprend pas aux élèves à lire la musique, ni à repérer les notes de musique qu’ils entendent. Ce n’est pas notre rôle et on n’a pas le temps de le faire. Il y a le collège et les conservatoires ou écoles de musique. On est là pour les aider à décoder le langage musical qu’ils entendent, que ce soit de la musique actuelle ou de la musique baroque. Les deux grandes lignes directrices de notre discipline sont « percevoir » et « produire ». Je pense qu’on doit enrichir au maximum leur culture musicale et leur donner les clés pour y parvenir. On travaille sur des notions telles que l’ostinato, la reconnaissance de thèmes, la structure d’une sonate, l’improvisation, etc.
 
12/ Est-ce que les enfants pratiquant un instrument montrent un intérêt différent de ceux qui n’en pratiquent pas ?
 
Généralement ils sont plus à l’aise et sont moins complexés. Lors de la participation en classe et des évaluations ils sont tous bons ; c’est certain. Cependant d’autres élèves ne pratiquant pas d’instrument semblent tout aussi intéressés par la discipline. C’est un cours à part, au même titre que les arts plastiques ou l’E.P.S (le sport), et en ce sens ils peuvent être rapidement valorisés comparé à d’autres matières qui demande des efforts intellectuels plus poussés.

Je remercie beaucoup Cédric Lemire de s'être prêté au jeu de l'interview, et espère que vous aurez mieux cerné le rôle de professeur d'éducation musicale. A très bientôt !

Stéphane Rousseau

 
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